Osservatore Romano du 17 juillet 1938. Source : MM, 1G 8.
En 1938, a lieu un Chapitre général (7-14 juillet). Pie XI avait demandé qu’il ait lieu à Rome. Il envoie son Secrétaire d’État (c’est-à-dire son premier collaborateur), le cardinal Eugenio Pacelli, pour le co-présider et le représenter. Celui-ci est un ami du Cénacle et deviendra le pape Pie XII.
Avant d’entrer en retraite préparatoire au Chapitre, les Sœurs rencontrent Pie XI en audience. Cela devait être la rencontre unique entre le Cénacle et « son » pape.
Le 15 juillet cependant, le pape convoque en urgence les capitulantes en audience. Les Sœurs se rendent à Castel Gandolfo, la résidence d’été des papes. Pie XI aborde alors différents sujets. Il redit son idée que la maison généralice déménage de Paris à Rome. Chose qui sera faite en 1959. Il souhaite également que le Cénacle fonde en pays de mission. Ce sera à Madagascar en 1948 ; projet retardé par la guerre.
Après avoir parlé, en français, de sujets propres au Cénacle, il aborde un sujet d’actualité. La veille, des scientifiques italiens ont fait paraître un « Manifeste de la race » pour défendre la pureté de la race italienne, notamment en opposition aux Juifs. Pendant cette audience, le pape condamne le nationalisme exagéré qui se fonde sur le racisme pseudo-scientifique : « Ce nationalisme exagéré, qui empêche le salut des âmes, qui dresse des barrières entre les peuples, qui est contraire non seulement à la loi du bon Dieu, mais à la foi elle-même, au Credo lui-même ».
Pour condamner ce document, Pie XI a voulu avoir face à lui un public qu’il connaît : il a choisi le Cénacle, où il a exercé son ministère pendant une trentaine d’années. Un sous-titre de l’article de l’Osservatore Romano est d’ailleurs éloquent : « La bienveillance particulière pour une famille religieuse élue » (« La speciale benevolenza per una eletta famiglia religiosa »). Volontairement, le discours du pape est repris le lendemain en première page de l’Osservatore Romano pour une large diffusion. Cette condamnation est répétée ensuite plusieurs fois dans les semaines suivantes, devant d’autres groupes.
