L’élan missionnaire du Cénacle pousse très tôt la Congrégation à traverser les frontières, avec une première fondation hors de France en 1879 à Rome. Pourtant, bien avant que les Sœurs ne s’installent à l’étranger, les frontières avaient déjà été franchies par des femmes qui rejoignaient la Congrégation présente alors seulement en France.
Dès les années 1850, soit moins de 30 ans après la fondation, des femmes de diverses origines font du Cénacle leur terre d’accueil. Entre 1853 et 1879, les postulantes qui se présentent sont nées dans 8 pays différents : France, duchés allemands, puis Suisse, mais aussi Argentine, Écosse, États-Unis d’Amérique et Italie.
Cette diversité initiale est prophétique : elle ancre l’internationalité non pas comme une simple stratégie d’expansion, mais comme une réalité vécue au cœur même de la vie communautaire. Avant d’être une congrégation implantée dans le monde, le Cénacle a d’abord été une communauté où le monde trouvait sa place.
Renseignements dans le Catalogue général sur Sr Catherine Wittmann (détail), première Sœur née hors de France et entrée en 1853.
Source : MM
Avec la multiplication des fondations à partir de la fin du XIXème siècle, la Congrégation se mondialise. En 1919, la division en « Provinces » permet à la manière de vivre la vie religieuse de s’inculturer en prenant en compte les réalités locales (langue, rythme de vie, alimentation, climat). Cette adaptation ne fut cependant pas immédiate : au début, on craignait que le charisme ne soit altéré par ces spécificités régionales.
Le développement organique de la Congrégation permet aux Sœurs de vivre les défis de l’internationalité. Des sœurs de cultures variées cohabitent au sein de mêmes provinces (Belgique-Pays-Bas, Angleterre-Irlande, Europe-Togo, Asie…). Cependant, cette proximité impose de dépasser les barrières linguistiques et les différences de mentalités au sein même d’une Province. L’histoire est faite de quelques frottements : en Belgique et aux Pays-Bas, la difficulté des Sœurs francophones à s’adapter au contexte flamand ou néerlandais ; en France et Suisse dans les années 1980, les Sœurs suisses alémaniques interpellent la Province pour que leur langue et leur culture soit prises en compte.
Le gouvernement de la Congrégation s’est lui aussi internationalisé. À Paris puis à Rome, les Sœurs servant au niveau général sont de nationalités et de langues maternelles diverses. Jusqu’à la moitié du XXème siècle, il est cependant trop tôt pour parler d’interculturalité dans son fonctionnement et la vie communautaire. Le Français reste longtemps la langue d’échange et de travail. Dès 1938 cependant le Conseil général s’internationalise avec Mères Ellen Mallon, américaine, et Eugenia Maranzana, italienne, comme Assistantes générales.
En mai 1986, sur le toit de la maison généralice à Rome, le Conseil général est complètement international : la Supérieure générale Sr Barbara Ehrler (américaine), et les Conseillères générales : les Sœurs Elisabeth Prache (Française), Jean Page (Anglaise), Kathleen Ryan (de Nouvelle-Zélande) et Maria das Dores Pimenta (Brésilienne). Source : Sr K. Ryan.
La question de l’internationalité émerge comme sujet de réflexion au Conseil général élargi (CGE) de 1985. Le Chapitre général de 1986 (celui qui introduit l’Option Préférentielle pour les Pauvres) affirme sa valeur et encourage les rencontres internationales et l’échange de personnes entre Provinces.
En avril 1988 à Lantana (USA), avec le Père Marcello Azevedo SJ, la Congrégation définit l’inculturation comme le « processus d’évangélisation selon lequel […] la foi se développe dans les termes et selon le génie particulier de la culture qui la reçoit ». La culture n’étant pas vue seulement comme nationale mais aussi comme régionale, générationnelle, sociale…
Un appel émerge également : la fondation d’une communauté apostolique internationale interprovinciale (appel renouvelé en 2008 et 2010).
Les Chapitres suivants marquent une évolution profonde :
Un des buts des réunions internationales est aussi de renforcer le Corps interculturel de la Congrégation par une meilleure connaissance mutuelle. Hors des partages en assemblée, les moments de récréation et de fête sont des occasions de partage fraternels et culturels.
Ainsi, les participantes à la réunion du réseau international pour la Justice, la Paix et l’Intégrité de la Création (JPIC) du Cénacle à Manille (Philippines) de 2007 s’essaient au Tinikling, une danse traditionnelle locale (photogr. du menu, source : NAP). La danseuse doit sauter à l’intérieur et à l’extérieur des bâtons au fur et à mesure qu’ils s’entrechoquent, sans se faire coincer les pieds.
Pour renforcer chez les Sœurs le sentiment international, les dernières réunions et chapitres mettent l’accent sur l’apprentissage des langues (Français et/ou Anglais) et recommandent la poursuite du Troisième An international et la reprise du Renouveau international, occasions de faire temporairement communauté de façon interculturelle.
De plus en plus, l’évolution de la Congrégation fait cohabiter des Sœurs de différents pays dans des communautés interculturelles, avec l’enrichissement, les joies et les défis que cela représente dans la vie quotidienne.
Procession des offrandes dansées par des sœurs malgaches lors de la messe suivant la translation du corps de Mère Thérèse de la chapelle des sœurs jusqu’à la basilique de Lalouvesc, en 2018.