La Congrégation entretient un lien étroit avec le pèlerinage dès son origine. Plus qu’une simple coïncidence géographique, cette proximité dessine une identité spirituelle : celle d’un lieu de halte où le mouvement du pèlerin devient une démarche intérieure.
La Congrégation est née sur un lieu de pèlerinage et s’est développée en proposant aux pèlerines l’accompagnement de leur démarche spirituelle. À Lalouvesc, le projet initial du Père Terme consiste en effet à proposer un abri sûr pour la nuit aux femmes venues se recueillir sur le tombeau de St Jean-François Régis. Mère Thérèse obtient ensuite de n’accueillir que celles qui seraient désireuses de vivre un temps de retraite.
Depuis, chaque Cénacle propose hébergement, repas et accompagnement spirituel. Un tel accueil correspond aux besoins d’un lieu de pèlerinage. C’est sans doute la raison pour laquelle la Congrégation a reçu des appels à fonder dans quelques villes sanctuaires, mais toutes ces demandes n’ont pu être suivies d’effet.
Le petit sanctuaire de Notre-Dame d’Ay, tout proche de Lalouvesc, est bien connu des sœurs dès le début de leur histoire : elles s’y rendent régulièrement en pèlerinage et prient devant la statue de la Vierge. C’est là que Mère Thérèse fait son acte d’abandon à la Ste Vierge en 1837. Les sœurs n’y ont pas fondé de maison. Mais, en 1846, elles y ont installé une petite communauté de Sœurs de Ste Philomène, une congrégation récente, dédiée aux jeunes ouvrières, et dont les Sœurs du Cénacle étaient chargées d’accompagner le développement.
À Lyon, en 1842, la deuxième fondation de la congrégation se fait également à l’ombre d’un sanctuaire : une petite chapelle sur la colline de Fourvière abritant une statue de Marie que les Lyonnais vont traditionnellement remercier, en particulier lors du pèlerinage du 8 septembre. Une pieuse femme, Pauline Jaricot, veut préserver le voisinage de la chapelle. Elle achète donc des terrains alentours pour les revendre à des congrégations religieuses. Dans ce cadre, elle propose une maison au Cénacle, que les Sœurs habitent quelques mois. En plus de l’insalubrité des lieux, la distance d’avec la chapelle est l’une des raisons qui poussent la congrégation à refuser l’achat :
La maison en question ne pouvait convenir pour nous, et elle était trop éloignée de Fourvière, dont le pèlerinage si fréquenté demandait que nous puissions en être assez près pour offrir un facile accès à la sainte chapelle aux personnes qui viendraient en retraite, attirées souvent par le double but de se recueillir dans ces saints Exercices et de prier la Sainte Vierge dans son cher sanctuaire.
Souvenirs de Mère Thérèse
La congrégation achète peu de temps après une propriété jouxtant la chapelle. Aujourd’hui, la maison se trouve sur la place de la basilique construite à la fin du XIXème siècle en raison du développement du pèlerinage.
Depuis la canonisation de Mère Thérèse, le Cénacle de Lyon est devenu un lieu de pèlerinage discret mais à part entière : la chambre où elle a fini ses jours et la chapelle où elle a tant prié sont des lieux de recueillement pour les Sœurs de la congrégation. Ils sont aussi intégrés comme étape dans un pèlerinage proposé aux Lyonnais en 2013.
En 1852, la Congrégation reçoit deux appels liés à des pèlerinages. Alors que la Congrégation est présente à Lalouvesc, Tournon, Lyon et Paris, arrive une demande de fondation de la part d’un missionnaire de La Salette. Ce sanctuaire marial bien connu aujourd’hui est alors aux tout débuts de son histoire : les apparitions de la Sainte Vierge à deux bergers en 1846 viennent à peine d’être reconnues par l’évêque du lieu et celui-ci a installé – comme à Lalouvesc – une société de prêtres missionnaires chargés d’accueillir les pèlerins en été et de prêcher des missions l’hiver. Touchée par cette demande, la Congrégation ne s’y arrête pourtant pas. Elle accorde davantage d’intérêt à un appel à aller au Puy-en-Velay.
Plusieurs raisons guident ce choix :
L’envie de fonder au Puy est grand puisqu’il n’y a pas moins de trois études de projet distinctes entre 1852 et 1857. Le contexte cependant entraîne un refus de la part de la Congrégation : il ne s’agit que d’une mission temporaire dans le cadre d’un Jubilé extraordinaire organisé par le diocèse et les forces de la Congrégation, qui plus est dans un moment de tension avec la communauté de Paris, ne peuvent suffire à la tâche.
Une vingtaine d’années après, en 1872, la France peine à se relever d’une guerre et d’un épisode révolutionnaire à Paris. Pour beaucoup, ces malheurs ont avant tout une cause spirituelle et il importe de faire revenir le pays à Dieu, notamment en développant la dévotion au Sacré-Cœur.
Le Cénacle ne reste pas étranger à cette démarche. En 1872, alors que la supérieure générale Mère de Larochenégly vient de consacrer sa Congrégation au Sacré-Cœur, elle reçoit un appel à fonder à Paray-le-Monial, cité du Sacré-Cœur : l’évêque, les Jésuites, les Visitandines et une bienfaitrice les y invitent. La fondation est réalisée dès janvier 1873. Or cette année marque le bicentenaire des premières apparitions du Sacré-Cœur à Paray-le-Monial à Marguerite-Marie Alacoque ; et cette année voit l’organisation de grands pèlerinages nationaux, appelés à prendre rapidement une ampleur internationale.
La Congrégation participe donc à l’accueil des pèlerins qui affluent en proposant avec succès des retraites jusque dans les années 1960. Une nette décrue s’ensuit. Mais le pèlerinage renaît à partir de 1975, notamment grâce à la Communauté de l’Emmanuel qui décide d’y proposer chaque été des sessions. Sœur Marie-Thérèse Sallantin, r.c., qui a rencontré à Paris Pierre Goursat (le fondateur et responsable de ce mouvement charismatique), assure l’organisation de la toute première de ces sessions, avec l’aide de deux autres sœurs du Cénacle. Par la suite, et jusqu’à la fermeture de la maison en 1990, la Congrégation se concentre sur son apostolat de retraites, d’accompagnement spirituel et de discernement.
Toujours en lien avec la dévotion au Sacré-Cœur la Congrégation s’implante en 1890 à Montmartre. Elle est invitée par Mgr. Guibert, archevêque de Paris, sur cette colline où se construit un sanctuaire voué au Sacré-Cœur. Le Cénacle fait partie des congrégations invitées à s’installer pour l’accueil matériel et spirituel des pèlerins.
Ici comme ailleurs, la Congrégation ne participe pas à l’organisation des pèlerinages. Mais, dans cette maison, le pèlerinage profite d’un appui spirituel et la communauté d’un réservoir de retraitantes. Le Cénacle accueille aussi des activités organisées par les chapelains de la basilique. La proximité est d’autant plus grande dans les débuts que, la construction de la basilique n’étant pas terminée au moment de la fondation de la maison, l’entrée de la chapelle provisoire qui reçoit les pèlerins se trouve face à celle de la maison.
Dans la congrégation, par exemple dans la correspondance de Mère Thérèse, on parle des maisons en se référant à leur pèlerinage : quand les Sœurs s’y rendent, on dit qu’elles vont faire leur pèlerinage (au tombeau de) saint Régis (Lalouvesc, qualifiée aussi de « sainte montagne »), à la Sainte Vierge (Lyon) ou au Sacré-Cœur (Paray-le-Monial).
Ainsi, Mère Thérèse écrit-elle, le 15 juin 1878, à Mère de Larochenégly, assistante générale qui se trouve à Paray-le-Monial :
J’ai bien la confiance que le Cœur de Jésus, que vous êtes allée prier dans ce lieu béni et vénéré et où il a opéré tant de prodiges de grâces et de bénédictions, consolera un peu le vôtre […]. Notre Mère Bertier surtout vous prie et vous engage de son mieux de venir faire votre pèlerinage à la Sainte Vierge, après que vous aurez terminé celui du Sacré-Cœur
Comme Jérusalem , Lourdes représente l’un des plus longs objets de discernement de la Congrégation en lien avec un lieu de pèlerinage sans fondation aboutie.
En 1883, le Cénacle est appelé à Lourdes. Cette fondation est fortement voulue par l’archevêché de Paris malgré les réticences de l’évêché local. Les Bénédictines du Saint Sacrement, qui quittent la commune, cherchent à vendre leur monastère à peine construit. Les négociations échouent, en 1884, en raison du montant à investir pour la congrégation alors qu’un projet de loi de spoliation des biens des congrégations religieuses pourrait voir le jour.
Ce n’est pas le seul appel à installer une maison de retraites à Lourdes. Plusieurs amis laïques soumettent cette idée : déjà en 1874, mais aussi en 1892, 1920 ou 1930. En 1899-1900, la recherche d’une propriété se fait active. On étudie en particulier la possibilité d’en acheter une face à la grotte, mais le prix demandé est trop élevé pour le Cénacle.
Puis, en 1940, à l’initiative de deux dames, l’évêque du diocèse, Monseigneur Choquet, fait une demande pour l’installation d’une communauté de la congrégation. La supérieure générale Mère Jeanne Corneau et ses conseillères se montrent très tentées par l’aventure mais l’entrée dans la guerre et l’occupation de la France ne permettent pas d’y répondre favorablement.
Les négociations ont donc échoué tour à tour pour des raisons financières, législatives ou historiques (l’entrée en guerre en 1940). Cet intérêt constant prouve cependant combien le Cénacle sentait que sa présence dans la cité mariale répondrait à son charisme apostolique.
Les appels à fonder à Pontmain et Montligeon montrent que l’esprit du Cénacle et son savoir-faire, particulièrement dans son lien avec les pèlerinages, sont largement identifiés et appréciés par le clergé.
En 1891, la congrégation est sollicitée pour venir s’installer à la Chapelle-Montligeon où vient de naître un pèlerinage consacré à la prière pour l’âme des défunts. Le directeur de l’œuvre écrit pour se renseigner sur la possibilité d’une fondation dans la paroisse : « J’ai entendu parler avec un véritable bonheur du grand bien que vous accomplissez par les retraites que vous faites donner dans vos établissements placés spécialement dans les lieux de pèlerinage ». La congrégation ne donnera cependant pas une suite positive à son appel.
Au sortir de la guerre, en 1946, l’évêque de Laval (France), le cardinal Paul Richaud, appelle le Cénacle à fonder à Pontmain, lieu d’apparitions de Marie. Elle y « a particulièrement recommandé la prière. Une maison de retraites s’impose donc en ce lieu », écrit-il. Il a même trouvé une maison en vente qui conviendrait pour une communauté. Mais le Chapitre vient de voter la fermeture d’une maison à Voiron à cause du manque de Sœurs. Il n’est pas possible d’envisager une fondation.
L’attrait pour les lieux de pèlerinage traverse les frontières. Mère Marie Aimée Lautier, supérieure générale, a ainsi un grand désir d’installer la congrégation à Loyola (Espagne) dans la ville natale de saint Ignace, lieu du « vénéré pèlerinage ». Le projet serait de proposer des retraites aux pèlerines sur place. De 1888 à 1892, elle enquête discrètement dans ce but. Mais il semble qu’elle se concentre sur d’autres projets plus avancés : les fondations de Bordeaux et Montmartre en 1891, Montpellier et New-York en 1892.
En 1895, la congrégation étudie brièvement la possibilité de s’établir à Genazzano en Italie, où l’église de Notre-Dame du Bon Conseil est devenue l’objet d‘un pèlerinage local après un miracle au XVème siècle. Il n’est cependant pas clair si cette fondation a été étudiée en lien avec le sanctuaire et son pèlerinage.
À Turin, maison fondée en 1881, la communauté s’associe à une autre sorte de pèlerinage ponctuel : l’ostension du Saint Suaire, qui a lieu de façon exceptionnelle. Celle de 1898, par exemple, est l’occasion d’offrir l’hospitalité à un certain nombre de pèlerines.
En 1918, à la fin de la période de dispersion, les sœurs de la communauté de Toulouse se voient proposer une maison de campagne proche du sanctuaire de Notre-Dame d’Alet, à une trentaine de kilomètres au nord-ouest de la ville. Elles y organisent des retraites 3 étés durant, jusqu’en 1920, puis se voient contraintes de renoncer à cette maison en raison de l’éloignement et des “difficultés pour s’y procurer des ressources matérielles nécessaires”.
Aujourd’hui, là où elle est implantée, la Congrégation répond aux appels ponctuels qui lui sont adressés. Certaines sœurs sont donc amenées à intervenir dans des sanctuaires : par exemple pour animer une retraite à Notre-Dame de la Garde à Marseille ou pour participer à la procession du Saint Cordon à Valenciennes.
Dans leur parcours personnel, des sœurs entretiennent aussi un lien fort avec le pèlerinage : par exemple, l’une d’elles est entrée au Cénacle après avoir accompli, seule, une marche depuis Compiègne jusqu’à Rome en 1950 à l’occasion de l’année jubilaire. Une autre est née à la foi lors d’un voyage à Lourdes. Et bien d’autres encore…