Trésors
d'Archives

Notre-Dame du Cénacle

Une reconnaissance tardive

Le Père Terme : un supérieur à l’œuvre inachevée

Dans ses souvenirs, Mère Joséphine Grégoire écrit au sujet de la mort du Père Terme : « les sœurs […] perdaient en lui non seulement leur Fondateur mais un père et le meilleur des pères ». Ce sentiment reflète certainement celui de la communauté, Mère Thérèse comprise. Celle-ci, pourtant, dans les lettres qu’elle adresse dans la foulée à l’évêque et au Père Renault, s.j., évoque plutôt un « Père » et un « respectable Supérieur ». De plus, en 1836, dans une réponse à un vicaire épiscopal, elle insiste sur le fait que l’œuvre du Père Terme est encore en pleine évolution et que lui-même dans son testament a donné mission aux Jésuites de l’achever. C’est en toute justice reconnaître au P. Terme un rôle premier, indispensable, mais pas définitif. Les Annales rédigées en 1876 l’expriment ainsi : « un Fondateur disparaissait avant que son œuvre fut complète ».

Concurrence pour le titre de fondatrice

Mère Thérèse, pour sa part, après avoir été démise de ses fonctions de supérieure en 1838 et avoir été reléguée à la plus humble place, s’enfouit dans une vie cachée si discrète que nul ne pense à la traiter en “fondatrice”. Ce titre est alors employé à plusieurs reprises dans les années suivantes, mais pour et par des personnes bien indignes de le porter :

Mère Contenet
  • Mère Contenet, élue à sa suite et supérieure de 1838 à 1852, ne se déclare pas fondatrice. Mais elle apparaît comme telle aux yeux de tous, en raison de sa reprise en main de la Congrégation, de sa volonté d’effacer les origines et du retrait voulu de Mère Thérèse.
  • En octobre 1838, Mme de Lavilleurnoy, jeune veuve très fortunée, est imposée par le P. Renault comme supérieure de la communauté et décorée du titre de « supérieure fondatrice », alors qu’elle n’est qu’une novice récente, ayant bénéficié d’un postulat accéléré de 15 jours. Moins d’un an après, le P. Renault est contraint de la démettre de ses fonctions : au temporel comme au spirituel, elle a failli conduire la congrégation à sa perte.

 

  • En 1852, à la mort de Mère Contenet, le P. Fouillot, jésuite, tente de s’imposer comme fondateur avec la Mère Anaïs de Saint-Privat comme co-fondatrice (avec la défunte Mère Contenet). Cette crise, qui prend fin avec le départ de Mère Anaïs, conduit le P. Renault à recommander l’abandon des termes « fondateur » et « fondatrice », désormais trop dévoyés.

Une lente mise en lumière de Mère Thérèse

De son côté Mère Thérèse, toujours discrète, goûte la joie d’une vraie amitié spirituelle avec la supérieure nouvellement élue : Mère de Larochenégly. Or celle-ci lui voue déjà une sorte de vénération, tout en comprenant et respectant son désir d’humilité. Aussi pendant les 25 ans du généralat de Mère de Larochenégly (1852-1877), voit-on très progressivement Mère Thérèse reconnue dans son rôle initial et entourée d’affection. Le 15 octobre 1862, en la fête de Ste Thérèse d’Avila, la Mère Zoé de Chamon note ainsi dans le journal de la communauté de Montpellier qu’est fêtée “notre bonne Mère Thérèse, notre première et vénérée supérieure et fondatrice”. Or, la Mère de Chamon ne peut tenir l’information que de la supérieure générale ou de son assistante la Mère Dambuent, entrées toutes deux à Lalouvesc en 1840, à un moment où la Mère Thérèse y est encore. En dehors d’elles, rares sont les sœurs à connaître le rôle que l’humble ancienne a joué aux origines.

À tel point que la supérieure de Fourvière, Mère Berthier, recevant en 1876 la visite du nouvel archevêque de Lyon, l’entend se féliciter d’avoir connu la fondatrice du Cénacle, Mère Contenet, et le fondateur, le P. Fouillot… Mère Berthier corrige respectueusement en soulignant que Mère Contenet, première supérieure générale, mérite presque ce titre tant elle s’est dévouée à la Congrégation. Elle rappelle aussi que le fondateur a été le P. Terme, qui a confié à sa mort la congrégation au P. Renault, lequel l’a transmise au P. Fouillot. Sur Mère Thérèse, pas un mot ; sur la crise des années 1850 et le mauvais rôle joué par le P. Fouillot, par prudence, pas un mot non plus.

Mère de Larochenégly

Le temps de la reconnaissance

1876 marque un tournant. L’année du 50ème anniversaire de la Congrégation, les premières Annales sont rédigées à la demande de Mère de Larochenégly, d’après les souvenirs des plus anciennes, dont ceux de Mère Thérèse. Elle y est qualifiée dès les premières pages de « première pierre vivante » de l’Institut. Son rôle dans la sauvegarde de l’avenir y est souligné, bien que sans beaucoup de détails.

Première rédaction des annales (1876)
Première rédaction des annales (1876)
Mère Marie-Aimée

À partir de 1877, sous le généralat de Mère Marie-Aimée Lautier, les choses changent ou du moins s’accélèrent. Celle-ci n’a pas vécu la crise des années 1850, dont les protagonistes ont disparu. Mère Thérèse approchant des 73 ans, il est temps de faire la vérité sur les origines et de reconnaître le rôle des fondateurs, voire leur sainteté. Commence alors une vaste collecte de souvenirs et de reliques.